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Comme les chats, qui ont plusieurs existences, Olivier Dassault a cinq vies, simultanées et parallèles. Député, chef d’entreprise, patron de presse, pilote et artiste, sans compter les violons d’Ingres : quand d’autres s’épuisent dans la spécialisation, il prouve que l’on peut être multiple tout en restant unique. Entretien avec une personnalité hors norme. PAR GÉRARD ROGER.
Bleu, blanc, rouge. Les couleurs d’Olivier Dassault. Bleu saphir du regard vif et magnétique. Blanc immaculé d’un sourire chaleureux. Rouge couleur Légion d’honneur, de la passion débordante. Les gestes sont précis autant que rapides, les décisions immédiates, aux commandes de son avion (il est le seul pilote au monde qualifié pour piloter tous les Falcon, la gamme d’avions d’affaires de Dassault) comme dans ses activités professionnelles et de sa carrière artistique. Sollicité pour cet entretien à la dernière heure, Olivier Dassault n’a pas refusé l’entretien, mais à condition de se faufiler à ses côtés, de suivre son rythme. Une chance à saisir dans un emploi du temps « de ministre ». Sur le trajet entre ses bureaux du magazine Valeurs Actuelles et Beauvais, sa terre d’élection, il s’est livré à nos questions tout en annotant ses dossiers.
Même lorsque vous ne vous exprimez pas à la tribune de l’Assemblée nationale, on vous remarque néanmoins souvent, sur les bancs de l’hémicycle, pour votre élégance raffinée. Est-ce un choix ?
Je ne choisis pas ce que je porte pour me faire remarquer, mais pour mon plaisir. Et aussi par respect de mes interlocuteurs et des circonstances. Selon moi, l’élégance, c’est parvenir à être soi-même tout en respectant le lieu où l’on est et les personnes que l’on rencontre. Je suis très sensible aux matières, aux couleurs, aux reflets. La souplesse d’une popeline ou d’un voile de coton, le scintillement d’une soie, la finesse d’un cachemire ou la douceur d’une flanelle, sont autant de fibres précieuses qui créent un lien entre l’homme et la nature, et qu’il faut savoir remarquer. Le vêtement, c’est plus que du tissu : c’est une idée qui flotte autour du corps
Une carte de visite
Plutôt une signature.
Par goût du beau, de l’esthétique ? C’est un état d’esprit qui peut aussi être un gage d’efficacité. J’ai souvent entendu mon grand-père dire à ses ingénieurs que pour qu’un avion vole bien, il fallait qu’il soit beau. Et puis, vous vous souvenez que selon Paul Morand, « le beau, c’est le vrai bien habillé ».
Pour être bien habillé, avez-vous un créateur que vous aimez particulièrement, ou une marque de prédilection ?
Je suis notamment fidèle au savoir-faire et à l’amitié de Maurice Renoma, que j’ai connu à la sortie du lycée. Sans m’interdire des découvertes, notamment chez de jeunes créateurs ou lorsque je suis à l’étranger. Je fais aussi confiance à l’intuition parfaite de celle à qui je souhaite plaire...
Que l’on vous croise dans votre circonscription, dans les villages ou à la campagne, en voyage, ou encore à Paris pour des rendez-vous, vous menez de front plusieurs activités très différentes, mais vous semblez toujours avoir le vêtement adapté. Comment choisissez-vous vos tenues ?
Comme tout le monde : en fonction de mon emploi du temps et de mes envies. Sans oublier la météo ! Avec quelques astuces aussi, comme l’anticipation. Lorsque je voyage, par exemple, je veille à avoir une tenue pratique pour piloter, mais j’adapte aussi mes vêtements en fonction de ma destination. Cela permet d’être immédiatement opérationnel, dès l’atterrissage, sans perdre de temps. Car, le secret, c’est de créer des dynamiques, des synergies, de faire en sorte que mes différents métiers, et mes équipes, se renforcent mutuellement les uns les autres pour une plus grande efficacité, pour gagner du temps sur le temps.
Que faites-vous des minutes que vous gagnez ?
J’en fais des heures ! C’est ainsi que je peux me consacrer aux missions que l’on me confie, au sein de notre groupe industriel et au Parlement, ou que je m’assigne, notamment au service des habitants de ma circonscription, pour lesquels je veux être le maillon d’une chaîne. Cela me permet aussi de laisser libre cours à mes passions, comme la photo ou la composition musicale. Contrairement à ce que l’on pense, le temps est une variable que l’on peut ajuster : comme chacun le sait, une minute d’ennui est mille fois plus longue qu’une heure de plaisir.
D’où vous vient ce goût de la vitesse ?
J’ai sans doute moins le goût de la vitesse que celui de l’efficacité. La vitesse est un moyen, pas une fin. La rapidité, dans la décision ou dans l’exécution, comme dans le geste en art, dans le tir ou à la chasse, repose sur le savoir-faire et sur la confiance. Tout cela ne s’acquiert que par le travail et par la pratique. Si vous savez être rapide, vous pouvez faire plus. La vitesse, c’est finalement une des formes de liberté.
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