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Le dandysme du XIXème à nos jours - Hors série
08/07/2008
dandy

Lutter contre le nivellement par le bas

Pour être exacts, il convient sans doute mieux de parler d’un côté des grands dandys du XIXème et de l’autre des néo-dandys contemporains. D’abord parce que dans son acception originelle, le terme dandy décrit un homme dont les principales préoccupations sont la mise et l’esprit, qui considère que travailler est d’une vulgarité inconcevable. Une considération qui impose à sa transposition moderne une adaptation à l’époque, et nous oblige à considérer les héritiers spirituels des Brummell, Barbey d’Aurevilly et autres d’Annunzio comme des néo-dandys. Ainsi soit-il. Mais d’abord, qui étaient-ils, ces fameux dandys, pour lesquels la bonne société du XIXème siècle inventa le mot ? D’où venaient-ils et quels étaient leurs aînés ? Car enfin quoi ; il y a toujours eu des hommes élégants, voire très élégants.
Par Yves DENIS

Observons autour de nous : lorsque nos contemporains parlent de dandys, ils pensent à des parangons d’élégance, soucieux de leur tenue jusqu’à l’extrême. Pourtant, lorsque le terme naît, au début du XIXème siècle, les hommes qu’il désigne cultivent certes l’élégance mais marquent la fin de phénomènes vestimentaires beaucoup plus excessifs.

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Au début étaient les Macaronis

C’est pour se moquer des usages vestimentaires français en les poussant jusqu’au ridicule, que la jeunesse dorée de Grande Bretagne adopte le terme de macaronis. Tout le vestiaire des petits marquis de Louis XV y passe : culottes de soie blanche, bas rayés, escarpins à boucle sertis de diamants : nous sommes plus près des Précieuses Ridicules que des dandies à venir. Les Parisiens reprennent la main après la Révolution avec le mouvement des Incroyables. Plus extrêmes, plus décadents encore que les Macaronis, ceux-ci ne reculent devant aucune extravagance. Ils abandonnent les culottes et bas de soie et autres jabots désormais trop aristocratiques pour adopter des habits cintrés jusqu’à l’extrême, des revers immenses, des tailles étroites, des épaules exagérées et d’immenses cravates enroulées plusieurs fois autour de leur cou pour remonter jusque sur le menton. Dans cet environnement vestimentaire, l’avènement du dandysme est perçu comme un courant calme.

les oscars

De Brummell à d’Annunzio : un siècle de grands dandys

La légende veut pourtant que George Bryan Brummell passait jusque quatre heures chaque jour pour s’habiller, et notamment pour nouer sa cravate, qui devait afficher un mouvement satisfaisant au premier mouvement. A défaut, Brummell jetait l’étoffe froissée à ses pieds pour en essayer une autre. Plusieurs biographies font état des monceaux de cravates que son valet de pied ramassait le matin et portait à la teinturerie, ce qui valait au premier dandy des notes astronomiques qui participèrent à sa ruine. Dès son adolescence, l’homme s’est imposé comme le roi de la mode britannique, celui qui créait les modes et faisait école. Devenu favori du roi George IV, il fait bientôt la mode européenne, imposant de nouvelles normes d’élégance fondées sur le bon goût et la discrétion. On lui doit le raffinement du mariage des matières et des couleurs qui prévaut encore aujourd’hui. Devenu célèbre dans la bonne société de l’Europe entière sous le nom de Beau Brummell, il accessoirise ses cols de chemise démesurés de cravates de batiste ou de mousseline blanche, qu’il voulait légèrement amidonnées afin qu’elles conservent toute la journée le mouvement qu’il leur donnait le matin. Après Brummell (1778-1840), d’autres grands dandies imposèrent leur style, de Lord Byron (1788-1824) à
Gabriele d’Annunzio (1863-1938) en passant par le comte d’Orsay (1801-1852) et Charles Baudelaire (1821-1867), internationalisant le mouvement.

les oscars

Et s’il naquit en Angleterre, c’est en France que le dandysme prendra toute sa dimension, esthétique et culturelle.
Car, si d’aucuns se sont plu, notamment au XXème siècle, à ne retenir du dandysme que sa partie vestimentaire (le plus souvent pour s’en moquer), le mouvement ne se circonscrit pas à cette seule préoccupation. Dès 1830, il devenait un véritable phénomène intellectuel, qui atteignit son apogée avec Baudelaire et surtout Barbey d’Aurevilly (1808-1889), qui l’érigea en lifestyle avant l’heure, s’attachant à magnifier l’élégance, tant en termes esthétique qu’intellectuel, tandis que l’auteur des Fleurs du Mal y trouvait le moyen d’une lutte contre le nivellement par le bas – une tendance hélas institutionnalisée aujourd’hui – de la toute jeune démocratie (« qui envahit tout et nivelle tout »). Les « dandys des Boulevards » de l’époque Louis Philippe se contentèrent d’emprunter leur soin vestimentaire à ceux qu’il nous faut considérer comme les grands dandys XIXème, sans rechercher leur élévation d’esprit. Cette dernière sous-entendait il est vrai de disposer d’une fortune personnelle suffisante pour vivre sans travailler, qui explique le peu d’intérêt du dandy pour l’argent, lequel ne représente à ses yeux que le moyen de disposer du temps libre nécessaire pour enrichir son esprit.
Autant de caractéristiques qui amèneront les historiens à voir dans la naissance du dandysme, à une époque où l’émergence de la démocratie et de la société moderne font vaciller l’ordre ancien, une tentative de création d’une nouvelle forme d’aristocratie, basée non plus sur la naissance mais sur une élégance du corps et de l’esprit.









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