|
|
La chemise n’a pas toujours été telle que nous la connaissons aujourd’hui. Jusque la seconde moitié du XIXème siècle, il s’agit d’un sous-vêtement que l’on enfile par la tête. A cette époque, la chemise blanche est l’apanage des riches, qui seuls ont les moyens d’en posséder plusieurs et d’en porter toujours une propre. Ce n’est qu’en 1871 que la maison britannique Brown, Davis & C° (Aldermanbury) dépose le brevet de la chemise boutonnée. Pour les mêmes raisons économiques, le col est alors amovible, ce qui permet de le laver sans le corps du vêtement, afin de ne pas user inutilement celui-ci. Il est sensiblement plus largement dimensionné qu’aujourd’hui, et ce n’est que dans les années 30 que l’on abandonnera le col montant aux seuls smokings et fracs. Il reste amovible encore à cette époque, détail de fabrication qui commence à être perçu comme une contrainte en raison de la difficulté de son boutonnage : à partir des années 40, le col fait partie intégrante du vêtement : la chemise apparaît alors telle que nous la connaissons aujourd’hui, sa forme n’a plus évolué depuis lors.
Les détails qui comptent :
Coutures anglaises et double aiguille, Coutures anglaises, hirondelles de renfort, col monté en libre, boutons cousus en patte de poule : la chemiserie est une spécialité à part entière, avec ses critères de qualité spécifiques, auxquels les amateurs avertis sont très attentifs. Gros plan sur les deux types de coutures : anglaises et double aiguille.
On les observe sur les côtés du corps de la chemise, à l’intérieur des manches et à l’emmanchure, et elles permettent de se faire une première idée du soin apporté par le fabricant à la fabrication de la pièce. Sauf à craquer sur la personnalité du tissu, pas question pour un esthète d’enfiler une chemise montée en double aiguille.
Comme son nom l’indique, la couture réalisée selon cette technique utilise deux aiguilles, passées simultanément sur les deux pièces de tissu superposées. Elle donne une couture plate, sur laquelle on distingue nettement les deux fils. Une machine, deux aiguilles, deux piqûres, point barre : techniquement, c’est la couture la plus facile et la moins raffinée.
A l’inverse, si la couture anglaise ne révèle qu’un fil à l’examen, ce n’est pas parce qu’un seul fil est utilisé. Plus sophistiquée (et surtout nettement plus technique, donc plus compliquée, à mettre en œuvre), celle-ci ne présente qu’un seul fil, le second étant à l’intérieur de la chemise. Pour parvenir à ce résultat, le fabricant effectue le premier rang de piqûres à l’intérieur de la chemise (à l’envers, donc), puis replie celle-ci afin d’effectuer le second rang – le seul qui sera visible – à l’extérieur. Les professionnels parlent ici de rempliage, un procédé que l’on retrouve également sur quelques modèles de chaussures très raffinées, sur lesquelles on parle alors de coutures lapin, ou reverso. Parmi les difficultés que présente cette technique, celle d’aligner parfaitement les parties l’une contre l’autre en bord à bord, n’est pas la moindre. La couture anglaise donne ainsi un montage très fin, caractérisé par sa finition rempliée, formant une sorte de minuscule bourrelet au bord du tissu. On remarquera que lorsqu’on l’observe côté intérieur, on retrouve les deux rangs de coutures, comme dans le cas d’un montage double aiguille. L’une des difficultés de ce type de montage réside dans l’obligation d’effectuer parfaitement le rempliage, afin d’aligner tout aussi parfaitement les pans de tissu, et d’assurer une seconde couture très droite, très fine, et absolument parallèle au pliage.
Si le nom de couture anglaise tient évidemment à l’origine de la façon, il convient de souligner ici que les Britanniques l’utilisent presque exclusivement pour les emmanchures, leurs plus belles chemises (jusque celles de Turnbull & Asser) devant se contenter de coutures double aiguille pour leurs côtés !
A lire également
La chemise n’est pas un vêtement uniforme. Elle se compose d’un certain nombre d’éléments qui font que l’on en reconnaît la qualité.
Les cols
Les poignets
Les tissus
Le col thermocollé
Les hirondelles de renfort
|
|

