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Contrairement aux apparences, la fabrication d’un bracelet montre ne relève pas uniquement de la maroquinerie. Ici, le cuir subit un certain nombre d’opérations qui relèvent d’un « esprit mécanique » comme aime à le dire Jean-Claude Perrin, l’heureux père fondateur de l’Atelier du bracelet parisien. Tout cela pour accoucher d’un objet beau et unique qui habillera autant votre montre que votre poignet.
Qui de nous n’a pas rêvé de porter une jolie montre, le bijou masculin par excellence. Mais, rêvez-vous d’un magnifique bracelet, assorti à la montre, unique en son genre et que vous serez seul à porter ? Dans ce cas, Jean-claude Perrin est l’homme qu’il vous faut. Il est au bracelet montre ce que Christian Lacroix est à la haute couture, un artiste qui se veut d’abord un artisan, titre qu’il revendique haut et fort. Sa boutique, tout en longueur, place du marché Saint-Honoré, est une caverne d’Ali Baba où le client vient faire son marché. Sur un des pans de mur trônent à foison des tiroirs qui laissent apparaître des centaines de peaux de toutes les couleurs : crocodile, serpent, iguane, autruche, grenouille (oui, oui), crapaud des Andes, kangourou, etc., et, le nec plus ultra du raffinement : le galuchat. J’en oublie certainement. Et surtout, une féérie de couleurs dans des nuances que vous n’imaginez même pas. A se demander si les tanneurs n’ont pas fumé des substances illégales !
Le client peut flâner à son aise, hésiter tant qu’il voudra, il a tout son temps. On se fera un plaisir, évidemment de l’aider dans ses choix. Du cuir, bien sûr, mais aussi de la couture, de l’épaisseur du bracelet et de la couleur appropriée. Ici, on n’impose pas, on suggère pour reprendre une formule de Michel Audiard.
Paradoxe : Jean-Claude Perrin n’est pas maroquinier de profession mais tourneur-fraiseur et dessinateur industriel comme en attestent ses deux CAP. Originaire de Saint-Dizier et issu d’une famille de huit enfants, Jean-Claude Perrin est d’abord entré, diplômes en poche, chez le fabricant de tracteurs Mac Cormick. Une belle entreprise qui employait alors plus de 3 500 personnes. Mais, c’est la rencontre avec sa future femme qui va décider de son destin. Celle-ci a un oncle qui possède, à Paris, une petite entreprise de bracelets montres et… n’a pas d’héritier. Il cherche donc un successeur, si possible au sein de la famille. C’est ainsi, service militaire effectué, que Jean-Claude Perrin débarque à Paris chez Camille Fournet, l’oncle de sa femme, au milieu des années 60. L’aventure peut commencer.
« J’ai dû faire mes preuves, nous dit Jean-Claude Perrin. Mais j’ai rapidement apporté un plus à l’entreprise en ajoutant à l’esprit artisanal une logique scientifique due à ma formation. J’ai ainsi fait comprendre à Camille Fournet qu’au lieu de travailler à la pièce on pouvait produire des séries et qu’ainsi on gagnerait et du temps et de l’argent. Je dois avouer qu’il m’a écouté. Et c’est ainsi qu’au fil du temps, nous avons été amenés à travailler pour les fabricants de montre et notamment les Suisses. On a pu fournir ainsi jusqu’à 45 000 bracelets en quelques mois à Oméga quand la marque a décidé de redorer son blason. » Des séries, certes, mais jamais au détriment de la qualité. « Comme je l’avais fait comprendre aux Suisses, un bracelet c’est trois quart d’heure de travail, quel que soit l’importance de la commande. »
A ne travailler qu’avec les fabricants, Jean-Claude Perrin a l’impression de perdre son âme. Désormais, il gère une entreprise de 70 personnes. A ses yeux ce n’est plus de l’artisanat, et surtout cela nécessite des qualités de financier qu’il n’a pas. Il vend tout et se remet à son compte comme simple artisan. Il trouve un local rue Sainte-Hyacinthe avant de s’installer là où il est aujourd’hui, place du marché Saint-Honoré. Il retrouve surtout le plaisir de côtoyer les clients, de discuter avec eux, de les guider dans leurs choix. « J’ai récupéré rapidement une clientèle, car ma boutique était située entre deux hôtels trois étoiles et surtout l’hôtel des impôts que fréquentaient tous les commerçants du quartier. » Parmi ses bons souvenirs, il y a celui de cet Américain qui, sortant d’un taxi, découvre sa boutique avant de s’engouffrer dans l’hôtel. Il est revenu rapidement pour lui commander plusieurs bracelets montres, l’homme était collectionneur. Et il a battu de rappel de ses copains. Depuis ce jour, les clients étrangers n’ont jamais fait défaut.
Quand vous pénétrez dans son magasin, vous comprenez tout de suite les raisons même d’un agencement bien particulier. Dans ce local tout en longueur, vous avez sur votre gauche un comptoir où l’on prendra votre commande et à votre droite, des tiroirs remplis des peaux les plus belles qui soient mais surtout dans les couleurs les plus folles : des bleus aux roses les plus étonnants. Quant aux matières, vous n’aurez que l’embarras du choix. Si le crocodile est le plus demandé, rien ne vous empêche de choisir un bel intestin de porc alvéolé (rouge de préférence), de l’iguane, de l’autruche, du serpent, etc. Mais, le fin du fin, reste le galuchat qui est aussi le plus cher. Jean-Claude Perrin arbore à son poignet une belle Jaeger Lecoultre avec un bracelet en galuchat vert pomme qui ne passe pas inaperçu. Il ne vous reste plus dès lors qu’à choisir la couleur du fil qui peut constituer également un élément de décoration. Une chose est certaine : au final, vous aurez un objet unique au poignet.
Le choix des matières effectué, le bracelet suit un process bien précis qui va de la coupe du cuir à l’ajustement à votre poignet. Car, là aussi, plaisir du sur-mesure, le bracelet sera parfaitement ajusté à vos mesures de sorte qu’il n’y ait aucun jeu : pas question qu’il soit trop lâche, pas question non plus qu’il soit trop serré. Vous aurez même le choix entre un seul et même trou, voire deux ou plus selon votre convenance. A moins que vous ne choisissiez un fermoir mécanique.
Le comble du raffinement n’est pas là. Il est dans le bracelet décliné en plusieurs couleurs, dans un cuir ou dans plusieurs, que l’on change en fonction des circonstances. Et ce, grâce à un système flash qui permet le remplacement instantané du bracelet par un autre.
L’Atelier du bracelet parisien est bien une caverne d’Ali Baba, les surprises ne manquent pas. Son fils, Yann, qui a pris aujourd’hui les rênes de l’entreprise, a eu la bonne idée de mettre en vente de très belles montres des années 50 qui ne connaissent rien du quartz mais tout de la mécanique. A des prix raisonnables. Modernité aidant, vous pouvez également commander votre bracelet directement sur Internet. Cette modernité-là, Jean-Claude Perrin en veut bien qui garde un œil bienveillant sur les initiatives du fiston. Ce qu’il a surtout cherché à transmettre, c’est un état d’esprit qu’il résume de cette manière : « Ce n’est pas le prix qui m’intéresse, mais la satisfaction de livrer un objet parfait. » Vous comprendrez pourquoi, ici, le client est roi.
Atelier du bracelet parisien (Abp)
28 place du marché Saint-Honoré
75001 Paris
01 42 86 13 70
www.abp-paris.com
La moyenne des prix se situe entre 80 et 200 €. Pour les bracelets d’exception, prix d’exception. Compter 650 € pour un bracelet en galuchat. Abp exécute aussi de la petite maroquinerie de luxe sur commande : ceinture, portefeuille, étui, etc.
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