|
|
Au-delà de la nature de ses oeuvres, c'est par la techniques qu'il utilise que Cyril ANGUELIDIS
se distingue et s'impose comme un artiste résoluement contemporain. En choisissant d'utiliser la digigraphie, il s'inscrit pleinement dans son époque et propose des toiles fortes et originales, éminemment représentatives de l'ére numérique. par Yves DENIS.
De ses oeuvres l’observateur non averti retiendra le mariage peinture-photo et un support d’aluminium original. L’amateur identifiera des toiles faisant appel à la digigraphie, procédé de cuisson des couches de couleurs peu expérimenté mais porteur de perspectives exceptionnelles.
Vos toiles utilisent un support original,à base d’aluminium et de PVC, et présentent des épaisseurs dans les couleurs alors que l’on vous sait travailler à l’ordinateur. Quelle est cette marque de fabrique ?
J’utilise le Dibon, qui est un procédé industriel. Il s’agit d’un sandwich aluminium-PVC-aluminium, et d’un procédé d’impression exclusif. C’est un procédé industriel, avec une surface alu peinte en mat ou en brillant, ce qui permet des effets différents. Les épaisseurs dont vous parlez viennent du fait que les machines impriment à plat, en appliquant et superposant différentes couches, qui sont cuites à chaque passage, ce qui donne ces reliefs, bienvenus pour le toucher d’une peinture, parce qu’ils renforcent l’impression de matière. Les gens aiment toucher une toile. Et avec le temps, cela fait la différence avec l’acrylique, qui se décolle au bout de quinze ans si elle n’est pas bonne, alors que l’on utilise ici des encres pigmentaires à UV, qui brûlent et ne bougent plus.
Techniquement,comment en êtes-vous venu à ce support ?
Je me suis dirigé vers des industriels habitués à imprimer des bâches pour salons, et l’on a défini un partenariat. A chaque fois qu’ils ont une nouvelle machine ou un nouveau support, ils me contactent et on l’essaye ensemble. C’est ainsi que j’arrive à des supports originaux.
Comment travaillez-vous une toile : votre point de départ est-il plutôt le dessin ou la photo ?
Je pars toujours d’un croquis que je dessine sur une tablette graphique Wacom performante. Après je fais mes mises en matière sur Photoshop, et toute la partie photo est tirée du net. Contrairement aux peintres qui partaient avec leur chevalet, moi ma banque d’images c’est le net.
Le fait de travailler à l’ordinateur n’est-il pas limitatif quant à l’illustration elle-même ?
Non, parce qu’avec la palette graphique j’ai les mêmes ressources : crayons, brosses, couleurs et caetera... et ici, tout est complètement personnalisable. Chaque artiste s’approprie un outil : pour certains c’est l’acrylique, pour d’autres le crayon, pour moi c’est le numérique. Et à part cette dimension, le travail est le même : il y a mes idées, mes dessins, mon encrage et ma mise en couleurs, le tout sur painter, qui est un véritable outil graphique. Après, je pourrais aussi faire ma matière sur painter, mais ce n’est pas très souple, et donc je pars à ce moment sur PhotoShop, et sur le web. Et la deuxième partie de mon travail est de passer des heures et des heures sur internet, à chercher des images qui vont convenir, les importer et les retravailler.
Vos toiles sont donc toutes un mélange de dessin et de photos,qui proviennent toujours du net ?
Tout à fait. Certains peintres traditionnels ont voulu un jour passer outre la toile, dont ils se sentaient prisonniers, mais le problème est que l’on ne peut pas multiplier la dimension d’une toile. Ce que l’on peut faire avec l’informatique.
Vous avez abandonné la publicité pour vivre de votre art il y a six ans,et après plusieurs expositions, notamment ArtParis en 2004 et 2005,vous avez aujourd’hui une notoriété naissante, et des clients fidèles, et vous envisagez d’aller vous installer à l’étranger. Pourquoi cet exil, et où pensez-vous aller ?
Il faut voir où sont les acheteurs de l’art contemporain : il n’y en a pas en France, où il ne fait pas bon être artiste. Je pense plutôt à New York, Hong-Kong, ou même Venise, qui a beaucoup bougé depuis que François Pinault y a posé sa collection. Cette installation de la collection Pinault a vraiment joué ? Ah oui : ça joue ! Merci à l’administration française !
Un « peintre numérique » se vend-il comme un peintre traditionnel ?
Non : j’ai un problème avec le nom de « peinture numérique ». Prenons le cas d’un photographe : s’il vend dix pièces cela ne pose de problème à personne au niveau du prix, alors que pour moi il y a bien le mot peinture, mais comme c’est fait en numérique et que je ne suis ni photographe ni peintre, les gens et les galeries ne savent pas comment positionner mon travail, c’est un réel problème. Mais ici aussi, je parle en France, parce qu’aux Etats Unis c’est différent : c’est une oeuvre d’art et si elle leur plait, ils ne se posent pas de questions : ils achètent, point. Ils vont creuser et vouloir savoir comment cela se passe, précisément parce que c’est numérique, poser la question de la garantie de non reproduction, mais ce n’est pas un problème comme ici. Mais cela va passer : on a juste dix ans de retard...
Vos toiles ont toutes une inspiration sociétale, c’est un choix ?
Je pense qu’un peintre doit reproduire le monde qu’il observe, et je m’inscris là-dedans. Mes tableaux évoluent donc en fonction de la société. Je m’imprègne des discutions de la vie, de l’ambiance générale. L’été par exemple, je ne vais pas sur une plage déserte, mais là où il n’y a pas de place pour la serviette : je suis au milieu, j’écoute, il se passe plein de trucs, et je fais mon shopping d’impressions. Comment travaillez-vous,lorsque vous voyagez, pour vous imprégner des images qui nourriront vos toiles : vous prenez des photos ? Non, pas de photos : je fais des croquis. J’ai un carnet et une petite boîte d’aquarelles. Ensuite je vais m’appuyer sur des photos sur le net.
Combien de temps consacrez-vous à leur recherche ?
Le gros avantage avec l’informatique, c’est que la couleur n’est pas définitivement appliquée sur le support, et que l’on peut donc y revenir et en changer si cela ne convient pas. Mais la création elle-même est la même, et pour ce qui est du temps pour une toile, il varie en fonction de celle-ci : cela peut être une semaine ou un mois.
Vos deux extrêmes ?
Il m’est arrivé d’en faire une en une journée, parce que j’étais hyper motivé - c’était une toile sur New York. Et à l’inverse une autre toile m’a pris deux ans, parce que mon travail évoluait et qu’il manquait toujours quelque chose.
Vos oeuvres présentent l’intérêt d’être encore accessibles : entre 3500 et 4500 euros, moins pour les séries limitées...
Les toiles de Central Color ont des tarifs de séries limitées, en digigraphie, plus accessibles : j’ai réussi à faire une belle série avec Epson, de bons tirages, avec un timbre à sec qui les certifie. Cela donne accès aux toiles aux jeunes collectionneurs. Je trouve bien de démocratiser l’art ; il faut le faire un minimum, mais sans le vulgariser. Quand j’étais étudiant je voulais faire des expos dans les supermarchés, pour rendre l’art accessible à tous, mais ce n’est pas une bonne solution.
|
|


